Immersion islandaise: le making off avec Yoann Coutault

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Immersion islandaise, une vidéo à la fois moderne et témoignage vivant d’une aventure à la fois apnéique, photographique et culturelle en Islande. La tentation était trop forte de questionner Yoann Coutault réalisateur de cette vidéo sur l’idée même de cette immersion mais aussi plus précisément sur tous les détails de l’aventure en passant par les techniques photographiques et vidéos employées pour arriver à ce résultat.

montage
photo Mathieu Laparie

1 – Salut Yoann, c’était dernièrement la sortie officiel d’un de tes bébés : Immersion Islandaise ( cliquez pour visionner).
Avant de nous parler de ce projet, peux tu déjà nous expliquer un peu plus en profondeur ce
que représentent les enfants de l’océan ?
Yoann Coutault : « Les enfants de l’océan » c’est une association créée à l’initiative de Franck Daouben. Je pense avant tout pour partager sa passion pour l’apnée et les plaisirs de l’immersion libre. Et afin de donner un sens à ce partage et de transmettre les valeurs positives de cette passion, il a naturellement orienté la vocation de cette association vers l’éveil et l’émerveillement des enfants aux beautés de la nature. Voilà un peu plus d’un an que l’association a été créée en fonctionnant jusque là plutôt sur la forme d’un collectif. L’idée étant de réunir des personnes très variées autour de cette initiative en laissant ensuite à chacun la place de s’impliquer et de proposer des idées. C’est aussi de cette manière qu’a fonctionné le voyage en Islande qui aura été le premier projet de l’association.
2 – Passons à Immersion Islandaise, tu nous racontes un peu ?
Une idée simple au départ, plonger dans la faille de Silfra. Franck avait cette idée en tête lors d’un précédant voyage. Puis il entend parler de l’éclipse du soleil du 20 Mars, qui serait visible en quasi totalité en Islande. 2 bons ingrédients étaient déjà réunis pour partir là-bas.

olivier en decouverte yoann coutault
Photo Yoann Coutault

A y regarder de plus près ensuite, il y a des tonnes de bonnes raisons d’aller en Islande, les chutes d’eau, les glaciers, les sources d’eau chaude, les grands mammifères marins, … Ensuite il regroupe des amis venant de droite et de gauche, des apnéistes, des passionnés de photos, et un caméraman (également apnéiste). J’étais ravis d’être convié au projet, et j’ai adoré justement la formule « collectif » du voyage. On prenait le temps pour tous le monde, prêt à s’arrêter toutes les 5 minutes au bords de la route  pour les photographes, comme pour rester plus de deux heures dans cette eau à 2 degrés. Du coup, j’avais un certain confort pour filmer mes compagnons, sans stress, et un beau programme qui s’annonçait en images.
3 – Des anecdotes ?
Dès le premier jour nous avons voulu aller à Silfra, nous étions impatients de voir le site et de s’immerger. Et dès le premier jour nous avions déjà une réputation … La Faille de Silfra se situe dans un Parc National où il faut respecter certaines (nombreuses) règles, et involontairement nous avons oublié d’en respecter quelques-unes. La première c’est qu’il faut payer même en étant autonome pour avoir le droit d’aller plonger dans la faille. Mais nous avons très vite régularisé notre situation.

olivier circule sous bloc
Image Yoann Coutault

Ensuite, ne pas marcher hors des sentiers, ne pas s’assoir sur les rives le long de la faille, ne pas nager sous les blocs rocheux, … Le lendemain 3 d’entre nous sont passés par un magasin de plongée pour du matériel, « c’est vous Les Français de Silfra ? » et ils se sont fait chauffer les oreilles pendant 5 mins. Mea-culpa nous avons sans doute été un peu trop Free. Mais c’était là notre quette, et par chance nous avons rencontré des encadrants de plongée français qui nous ont parlé d’une autre faille « Davidsgja » en dehors du parc et des aménagements pour la plongée bouteille. La suite c’est dans le film.
4 – Dans de telles conditions, on imagine facilement que ce n’est pas toujours simple. Comment as tu préparé ce sujet ?
J’ai préparé ce sujet dans le même état d’esprit que ce profilait le voyage, prêt à prendre ce qui vient. J’ai choisi une certaine facilité, mais par sécurité. C’était une première expérience pour moi de partir en « expédition » pour filmer. Je n’ai donc pas souhaité écrire un scénario en amont. Je ne voulais surtout pas interférer dans le voyage auprès de mes complices avec mes problématiques de construction de film. A coté de cela, j’avais aussi envie de profiter du voyage et des immersions. Ce n’est pas simple d’être derrière la caméra et de profiter pleinement du voyage. J’ai voulu concilier les deux tranquillement sur cette première expérience. J’ai donc construit ce film après coup. Ce qui n’est pas toujours évidant en terme de contenu pour développer une narration (plans de coupes, son d’ambiance). J’aurai une approche différente et d’autres exigences sur les prochains projets, avec la volonté d’une démarche de production aussi, qui elle même impliquera certainement d’autres exigences.

matos j-1
De nouvelles aventures de prévues pour les enfants de l’océan ?
Oui, bien sûr. Maintenant l’association a posé ses bases et le « collectif » grossi. Depuis Immersion Islandaise nous sommes aussi allés faire un tour en Autriche pour découvrir le Grüner See, un lac qui se forme par la fonte des neiges au printemps et qui recouvre ainsi une partie d’un parc arboré. ( vidéo Gruner see )
L’association est aussi intervenue dans une école à Portsall pour faire découvrir la présence de
micro-plastiques sur les plages. ( vidéo atelier école Portsall)

Pour 2017 c’est un projet un peu plus conséquent qui se profile. Il s’agit d’amener des enfants « ambassadeurs » à la rencontre des grands mammifères marins aux Açores. Au cours de ce voyage, ils étudieront l’écosystème (analyse de l’eau, observations des microsystèmes) repèreront les groupes de grands mammifères marins dans leur environnement naturel, et identifieront chaque membre en fonction de leur type, sexe âge. Ils y feront aussi du comptage de population et de la photo identification. Nous ferons quelques mises à l’eau au sein des bancs de dauphins croisant sur les rives de l’archipel.

olivier grenier

Tout ceci aura un impact important sur leurs esprits. Ils deviendront des ambassadeurs auprès de leurs camarades grâce aux nombreux supports (photo, vidéos, dessins…) que nous réaliserons avec eux au cours de ce voyage et ainsi sensibiliseront un plus grand nombre d’enfants. La première partie de l’année scolaire sera consacrée à l’apprentissage de l’aquacité des enfants, de la familiarisation avec leur matériel, à la connaissance des lieux, des mammifères et de leur environnement, à la réalisation de supports au sein des écoles, à la mise en place de relation internet pour le suivi du projet in situ. Ensuite le voyage en lui-même pendant les vacances d’avril 2017.

5 – Côté vidéo, comment as tu vécu cette aventure ?
J’aborde chaque nouveau projet avec au moins une évolution technique à relever, avec l’envie d’acquérir de nouvelles compétences, d’avoir un « plus » dans mes bagages. Ici je voulais blinder la qualité des images en tournant exclusivement en RAW, un format sans compression mais avec des fichiers très lourd, environ 4Go la minute. Après une bonne journée d’immersion ou de vadrouille sur les hauteurs d’un glacier, il fallait encore passer un peu de temps devant l’ordinateur afin de vider les cartes, lancer des conversions pour pouvoir visionner un peu les rushs et extraire quelques images pour alimenter la page facebook.

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photo Philippe Gilodes

Cela demandait généralement de me poser encore au moins 1h/1h30 là-dessus. Pour le tournage, j’aborderai les choses différemment la prochaine fois. Si possible bien sûr, en partant à 2 Cadreurs, typiquement les moments où j’étais dans l’eau je ne pouvais pas aussi réaliser les plans extérieurs et cela aurait pu cruellement manquer si mes compagnons photographes n’avaient pas pris le relais pendant un temps à Davidsgja. De même pour gérer aussi la partie son qui manque beaucoup d’ambiances, d’interviews. Mais malgré tout, cela est bien comblé sur ce film grâce à la BO de Xavier.

6 – Quel était ton équipement ? Y a t il des focales plus adaptées que d’autres ?
Là nous allons rentrer dans le domaine préféré de Jérôme ! qui a pris sur lui avec humour d’écouter les conversations passionnées et obscures entre les photographes. Alors, pour le terrestre j’étais équipé avec un Canon 5D MarKIII. Dessus était installé Magic Lantern, un soft qui apporte de nombreux outils vidéo sur le boitier et qui permet aussi et surtout de filmer en RAW, avec une latitude d’expo et une dynamique de grande qualité sans être sur une caméra trop lourde. Sur ce boitier j’avais avec moi 3 Objectifs. Un 16-35mm f2,8 Canon, pour claquer du paysage au grand-angle. Un 50mm F1,4 Sigma Art magnifique, celui que j’ai privilégié malgré le manque de stabilisation, mais d’un rendu redoutable. Et le 70-200 f2,8 Canon stabilisé pour aller chercher un peu plus loin les détails. Avec cela 2 cartes CF 128 Go 1066x me permettant de filmer environs 40 mins chacune. J’en remplissais 1 et demie par jour en moyenne, un peu moins les jours d’immersions en prenant le relai en sous-marin.
Pour les images sous-marines , je venais de m’équiper juste avant.

matos sub

En fait, je n’avais qu’une seule expérience en image sous-marine, c’était lors de la réalisation du film sur le stage de l’équipe de France d’apnée à Mulhouse (https://vimeo.com/106171694). C’était la première fois que j’utilisais un caisson. J’étais un peu mordu. Du coup ce voyage était l’occasion de m’équiper. J’ai fait le choix d’un pack GH4 avec un 7-14mm + Caisson Nauticam. Acheté chez Photodenfert à Paris. Un caisson seul pour le 5D me serait revenu au même prix. J’avais ainsi un deuxième boitier dédié exclusivement au sous-marin et me permettant de réaliser ces images en 4K pour obtenir le meilleur rendu. Je n’ai pas été déçu, le caisson est extrêmement bien fini avec un report de l’ensemble des fonctionnalités. L’ensemble est petit, léger, et passe facilement en bagage à main. Le 7-14mm (qui correspondrait à un 16-32mm avec le crop du GH4 en 4K) offre une bonne plage de prise de vue. Ce qui m’a manqué c’est un moniteur externe. Ce n’est pas simple de filmer avec l’écran situé au dos du boitier, il faut relever les bras pour placer le caisson devant le visage, plier un peu la nuque lorsque l’on est à l’horizontal pour filmer devant soi. C’est plutôt inconfortable en apnée où il faut réussir à se détendre.

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Photo Yann Claveau

7 – Ce type de sujet a t il nécessité des réglages particuliers ? Et selon toi quelles seraient les erreurs à éviter pour quelqu’un qui aurait pour objectif un sujet de ce type ?

Le gros avantage en Islande vu la latitude et la période où nous y étions, c’est que le soleil n’était jamais très haut, nous bénéficions généralement d’une lumière rasante ce qui est toujours assez flatteur à la prise de vue. Pour le son, une misère, il y avait toujours pas mal de vent, du coup gérer le son en solo avec l’image, j’ai vite fait l’impasse. Pour l’image sous-marine, je reste encore débutant et c’est très compliqué à l’étalonnage car selon la distance entre le sujet et la caméra on aura un rendu de couleur complétement différent. Heureusement le GH4 propose une belle dynamique d’image et sort des fichiers sur lequel ont peut se permettre de retravailler sans trop de perte. Mais je ne me sens pas encore de donner des conseils en sous-marin.

mathieu laparie
Photo Mathieu Laparie

8 – Au final, tu utilises un matos assez « lourd » mais serait-il possible de s’aventurer là dedans avec uniquement une gopro ?
Oui et non. Il y a des films tellement excellents qui sont fait avec une simple go-pro qu’il serait dommage de dire le contraire. Ce n’est pas le matos qui fait le film. Mais il est sûr que d’un point de vu qualitatif la go-pro montrera plus vite ses faiblesses notamment en faible lumière, à l’étalonnage ou sur une diffusion grand écran. Sans parler du problème de la stabilité et de la réalisation de plans exclusivement grand-angle.

9 -Bon quand on aime on ne compte pas mais combien d’heures de films et gigas pour combien d’heures de montage ?
1To,726Go de rush pour les images terrestres. 94Go en sous-marin. 3h58 d’image
Temps de montage inconnu, vraiment, au pif je dirais une quinzaine de jours tout concentré, peut être une vingtaine, avec beaucoup de temps de réflexion ou de contemplation … et les échanges avec Franck sur l’écriture de la voix Off, basée sur ses propres écrits. C’est étalé d’avril à Septembre avec le temps de création de la bande son aussi, c’est un ami Xavier Guillaumin qui me la réalisée sur mesure et la réalisation des animations par Fabien Migliore.

montage mac
10 – Quels sont tes projets à présent ?
Pour l’instant je continue de réaliser des films de com et films institutionnels pour mes clients, c’est ce dont je vis. D’ici au prochain projet des enfants de l’océan, je n’ai pas de projet précis. J’avais en projet un doc sur la chasse sous-marine dans notre coin, je vais surement troquer un peu plus mon arbalète pour la caméra histoire de filmer les collègues cette saison mais il falloir que je trouve le temps pour l’écriture.

logo enfants de ocean
11 – Au final, en baladant sur ton contenu « focale fixe » on apprend un peu mieux à te connaitre, peux tu nous parler de tes influences en matière de vidéo ?
Justement, mon contenu est sur une plateforme dont je suis assez fan. On trouve sur viméo des vidéos d’excellente qualité, tant techniquement que d’un point de vue créatif, on s’en prend plein les yeux. Ça laisse une emprunte de naviguer là-dedans. Le moindre film sur un passionné qui bricole dans son garage est un vrai court-métrage de cinéma sur viméo. Dans ce que j’avais comme images en mémoire avant d’aller en Islande il y a les films de Mathieu Lelay ( Mathieu Lelay sur vimeo )ou before you wake up de Nejc Miljak
 ( Vidéo de Nejc Miljac )
Pour l’image sous-marine j’ai l’impression que c’est moins la profusion. C’est normal vu le prix du matériel. Du coup, et de ce que j’ai pu voir en festival aussi, il me semble qu’il y a un espace assez peu rempli entre les grosses productions et les films souvenir à la go-pro. Freefall se plaçait très bien dans cet espace, et naturellement je suis attentif aux réalisations de Julie Gautier. Au dernier Festival de l’image sous-marine à Marseille la petite claque visuelle venait de Under de Kévin Frilet ( Under la vidéo ). Un film qui m’a énormément plu sur ce même festival, même si je l’avais découvert auparavant en avant première à Brest, c’est Equalusuaq ( lien vers la vidéo ). A défaut de grosse production, Ils étaient déjà bien équipé niveau matos, ils se sont produit avec le minimum dont ils avaient besoin financièrement, grâce au financement participatif. Au résultat je trouve que l’on sent une vraie personnalité au film indépendante d’un formatage télé. Et puis même si cela se démocratise, il y a l’utilisation des outils et accessoires qui nous font sortir des classiques caméras épaules, avec des plans drones et Steadycam notamment.

12 – Tu as la chance d’habiter une région extraordinaire et propice à bien des réalisations, peux tu nous en parler ?
C’est sur que nous avons un ensemble de décor incroyable en Bretagne. Dernier projet en date réalisé en binôme avec Éric Billon pour un film de commande : iroise Fourgon : https://vimeo.com/153713019
Ou comment vendre le voyage pour faire la promo du carrosse ! Et ce sont des coins de chasse familiers dans ce film. Pour l’image sous-marine, faut que les conditions se coordonnent, météo, marée, visi et dispo personnelle. Avec çà le temps passe vite. Mais quand toutes les conditions sont réunies, la variété des fonds marins est incroyable avec beaucoup de vie. Nous avons des colonies de Phoques principalement à Molêne, je pense aller les voir autant que possible cette saison pour me familiariser à l’approche des gros spécimens marin. Puis j’espère faire quelques sorties épaves aussi, il y en a quelques-unes accessibles en apnée.

yann claveau
Photo Yann Claveau

13 – Allez soyons fous, on prend un billet et tu choisis. On part où ?
15 jours après avoir observé des orques depuis la côte en Islande, encore chaud et prêt à repartir vers de nouvelles aventures, nous étions tentés avec Franck d’aller à leur rencontre en Norvège. J’avais repéré sur le net le site d’Orques sans frontière avec Pierre Robert de Latour, un apnéiste qui semble bien les connaître. Bon, entre temps l’idée du projet Açores est venu et depuis un certain Stéphane Mifsud nage avec les orques. Mais les idées ne manquent pas, notamment quand on voit les images de Fred Buyle aux Bahamas, Mexique, ou le terrain de jeu de Françis Le Gall (mon premier encadrant en apnée) à Tahiti ! En faite, après avoir plongé sur un site très minéral comme Silfra, la destination serait vraiment vers les animaux, les grands mammifères particulièrement, peu importe la température de l’eau.

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photo Yoann Coutault

14 – Le mot de la fin ?
Allez voir les photos de Mathieu Laparie http://www.mlaparie.fr/iceland/ et de Yann Claveau https://www.flickr.com/photos/yannker/ photographes et compagnons de route en Islande.

equipe

Merci à lui, merci à eux et rendez-vous dans ces vidéos pour de prochaines aventures !

Les liens à visiter:

-Les enfants de l’océan: le site

Focale fixe, la chaine de Yoann Coutault