Polémique équipe de France FFESSM: l’interview de Richard Thomas DTN à la FFESSM

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En pleine polémique autour des sélections pour l’équipe de France FFESSM présente au championnat du monde, plutôt que de publier un communiqué officiel de sa part comme cela aurait pu être demandé,nous avons choisi de contacter directement le directeur technique national de la FFESSM, Richard Thomas.

Richard Thomas par Eric Flogny
Richard Thomas par Eric Flogny

-Bonjour Richard Thomas, depuis quelques semaines, la polémique fait son buzz autour des dernières sélections en équipe de France. Qu’est ce que cela vous inspire ?

Richard Thomas : Pas mal de regrets et de préoccupations ! De regrets car je pense que tout cela, qu’on le veuille ou non, ne va pas amener un contexte très favorable pour que nos membres de l’équipe de France arrivent dans un contexte réellement épanouissant à Ischia et propice à faire de beaux résultats. Et préoccupé quelque part car une fois de plus, derrière cette polémique il faut prendre en compte certes les déçus mais aussi les sélectionnés en qui j’ai toute confiance. Comment vont ils vivre cette pression ajoutée ? C’est peut être là la question.

-Ok, pour attaquer clairement le sujet, beaucoup de cette histoire est venue de la non sélection en équipe de France de Coraline Pennarguear, championne de France 2015 en titre au profit de Sophie Jacquin Championne de France 2014. Pouvez-vous nous expliquer un peu plus ce qui a conditionné un choix plutôt que l’autre ?

Pour faire simple, l’objectif premier des équipes de France est de performer à l’international. On va ainsi prendre comme référence non pas le niveau français, aussi bon soit il, mais le niveau international. Celui-là même qu’il faudra impacter pour avoir des médailles par exemple. C’est pourquoi dès le départ, j’ai demandé à la commission nationale apnée de fixer des critères de choix avec notamment des minimas par type d’épreuve (en poids constant 60m pour les femmes et 70m pour les hommes). Et c’est ce qui a été fait.

-Pouvez vous nous dire à quel moment ces critères ont été mis en place et communiqué aux athlètes ?

Les minima ont été précisés après l’épreuve du Championnat de France qui servait, entre autre, de passage obligé pour prétendre se sélectionner en Équipe de France. Alors bien entendu, je suis conscient que cette publication tardive aura pu avoir un impact sur les performances réalisées dans ces championnats et je le regrette sincèrement. Il est clair qu’avoir mieux connu ces derniers aurait probablement amené à des performances différentes pour ceux qui étaient un peu limite. Et par ailleurs cela aurait aussi pu aider à comprendre qu’il ne suffit pas d’être Champion de France ou « champion du Monde de l’entraînement » pour faire partie de la sélection.

-Une sorte de codification des sélectionnables, en quelque sorte ?

Tout à fait, d’ailleurs il faut bien comprendre qu’un des gros chantiers de l’apnée passe justement par cette codification des disciplines, etc. C’est ce qui va amener à toujours plus de sécurité sur les différents championnats en mer comme en piscine mais aussi à plus de compréhension de la part des athlètes comme des médias. L’idée n’est pas d’avancer à tâtons mais d’avancer dans un terrain maîtrisé et maîtrisable.

FFESSM France outdoor Nice 2014
FFESSM France outdoor Nice 2014

-Qui sélectionne ensuite les membres de l’équipe de France ?

Une sélection, c’est souvent source de polémique, de déception pour certains ou de joie pour d’autres qui voient là la consécration de leurs efforts accomplis dans l’année. Alors bien sure, chacun peut se rêver sélectionneur et remettre en cause les règles lorsque celles-ci ne lui vont pas et c’est ce qu’on peut voir dans nombre de sport (le foot par exemple quand les défaites s’accumulent). De manière plus légale, il faut comprendre que seul le DTN, en s’appuyant sur le collectif des entraineurs Équipe de France, est habilité par le Ministère des Sports (et en supporte la responsabilité) pour identifier des critères objectifs, pertinents, opposables dans l’objectif de sélectionner la seule élite capable de représenter le France et de gagner le jour « J » à l’instant « t » et ce, sans jamais aucune garantie de résultat !

Après, bien entendu, je comprends qu’il y ait des déceptions c’est bien naturel. Certains à « l’égo surdimensionné se sont peut être rêvés par «  décret personnel » en équipe de France bien avant le championnat de France et c’est forcément source de désillusion pour eux.

 

-Très bien, mais revenons aux sélections, suffit il « simplement » d’atteindre le minima pour être sélectionné ?

Non pas du tout ce serait clairement insuffisant ! Faire les minima n’est pas une garantie de sélection en Équipe de France mais le passage obligé pour figurer officiellement parmi les candidats potentiellement sélectionnables ce qui est très différent. A l’inverse et contrairement donc à ce que certains avancent, il faut bien comprendre qu’aucun membre de l’Équipe de France 2015 d’Apnée « Outdoor » n’a été sélectionné dans une épreuve où il ne nous a pas démontré ses capacités à pouvoir performer le jour J. En sachant, par ailleurs, que les règles de sélection communes à toutes les équipes de France font que en tant que DTN, j’ai aussi la possibilité d’effectuer une sélection nominative différente des règles dont nous avons parlé plus haut mais basée sur l’âge, la progression du sportif sur la saison comme de son potentiel de progression à l’international pour une compétition ciblée.

-Que voulez vous dire par là ?

Plus simplement c’est ce qui va expliquer par exemple la sélection de certains éléments pour les mondiaux indoor. Il a ainsi été proposé à certains éléments d’intégrer l’équipe de France dans le but de se forger une première expérience internationale et en quelque sorte préparer la relève. Nous en avions d’autant plus la possibilité que budgétairement étant pays organisateur, multiplier les sélectionnés n’avait que peu d’impact financier.

Nice France Outdoor 2015
Nice France Outdoor 2015

-Comment sont choisies les disciplines, uniquement avec les minima ?

La réponse est la même que pour toutes les équipes de France : « Le choix d’engager un sportif sur d’autres épreuves que celle pour laquelle il est initialement sélectionné en Équipe de France, au regard des « minima » réalisés, relèvent d’un choix stratégique de l’entraîneur coordonnateur de l’Equipe de France après accord du DTN, choix réalisé en concertation préalable avec les entraîneurs de l’Equipe de France, le sportif et l’entraîneur en charge de sa préparation terminale et ce, au regard de ses meilleures performances de la saison, de son expérience, de son niveau de compétitivité et de sa « fraicheur » à l’instant « t ».

-Revenons au  budget ! Effectivement budgétairement parlant comment se passe ces sélections ?

La FFESSM a pris parti de ne pas prendre les moyens financiers comme élément de sélection. Ce qui veut dire de manière plus simple que les frais de tout athlète membre de l’équipe de France sont pris en charge par la fédération. D’un côté c’est plus rationnel que de sélectionner X personnes en équipe de France en leur laissant la charge de trouver des financements et d’un autre côté c’est une pression supplémentaire sur le budget fédéral et c’est ce qui va expliquer que l’on ne puisse forcément pas toujours avoir d’équipe ultra développée comme on peut le voir ailleurs parfois.

-Justement, c’est ce qui m’amène à me demander l’impact qu’auront eu deux championnats du monde d’apnée à 2 ou 3 mois d’intervalle ?

Bien entendu, notre budget a été clairement impacté et c’est ce qui explique par exemple que nous n’avons pas pu proposer un collectif aussi important que celui présent à Mulhouse en juillet. Après budget ou non si l’on sait que tel ou tel athlète a les capacités d’accrocher une médaille, bien entendu, budget ou non on va le sélectionner !

Sophie Jacquin en 2014
Sophie Jacquin en 2014

-Et dans le cas de l’équipe de France outdoor 2015 ?

Par exemple, en étant conscient de leur potentiel, nous avions proposé à Guillaume Nery et Morgan Bourc’his d’intégrer l’équipe de France. Ces derniers ont décliné ce qui peut être logique en terme de préparation et d’objectif supplémentaire. Dans le cas de Coraline, c’est ce qui nous a obligé à choisir entre d’un côté Sophie Jacquin qui avait déjà réalisé  63m en poids constant en 2014 et que l’on sait être capable de belles choses en CNF et d’un autre côté Coraline Pennarguear certes en phase de progression (ce qui est évident et motivant pour l’avenir) mais qui n’avait réalisé que 58m en championnat de France. En accord donc avec les entraîneurs de l’équipe de France, le choix s’est alors porté sur Sophie Jacquin.

-Les entraineurs ont été clairement pointés du doigt pour ces sélections avec selon certains mécontents des soupçons d’arrangement. Qu’en pensez vous ?

Pour moi, en matière de haut niveau, il n’y a pas d’arrangement entre amis et j’y veille particulièrement. Les entraîneurs font un travail de grande qualité dans le respect des règles mises en place le plus tôt possible dans la saison. Je soulignerai aussi le fait qu’ils respectent une véritable déontologie professionnelle et cela bien que ce soit des bénévoles comme le reste des membres de la commission nationale, je tiens à le rappeler. Pour le reste le palmarès des Équipes de France me semble être un bon indicateur de leur capacité à repérer les potentiels.

bandeau ischia

-Aujourd’hui, vous vous disiez marqué par le contexte actuel et notamment quand à l’équipe de France qui entrera en scène d’ici peu ?

Je ne peux que regretter en effet la naissance d’une telle polémique et cela à une semaine du championnat du monde. C’est une pression supplémentaire que nous nous rajoutons par rapport aux autres nations et c’est regrettable. J’ai rencontré une bonne partie de l’équipe il y a peu lors d’un de leurs stage à la Londe les Maures il y a quelques jours, l’objectif reste et doit rester le championnat du monde et non le contexte.

-Et pour Coraline ?

J’avais expliqué à Coraline Pennarguear les raisons de sa non sélection par courrier (certes de manière un peu moins précise que je le fais ici) et qu’elle avait la possibilité de réagir. Elle ne l’a pas fait. Que dire de plus ?

-Côté championnats, avec 4 évènements en l’espace de 3 mois n’est ce pas un peu difficile à comprendre pour le public ?

Bien entendu et il y a forcément un travail à faire là dessus. Le développement de l’apnée et la reconnaissance de la discipline d’une manière générale comme de ses athlètes de haut niveau venant de tous horizons passent par là.

-Le mot de la fin ?

Cessons ces polémiques et souhaitons bonne chance à l’équipe de France. Elle est un vecteur indéniable du développement de l’apnée et c’est aussi par elle que l’ensemble de la discipline apnée pourra être reconnu ! Revenons à l’essentiel  ! Pour le reste j’invite tous ceux qui ont la capacité et l’envie de faire évoluer les choses à me contacter comme de contacter la commission. Nous sommes ouverts et preneurs !

 

Merci à lui pour ces réponses.