Hugo Meyer, retour sur une saison marathon

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Avec un nombre de titres, de meilleures performances françaises et de records de France assez impressionnant, Hugo Meyer écrit course après course de magnifiques paragraphes dans le grand livre de la nage avec palmes française. Fin septembre 2021, il se pare d’or à l’issue du relais à l’australienne 4x150m lors des championnats du monde eau libre à Santa Marta Colombie, loin de s’arrêter là, sa saison va continuer tambour battant en passant par le championnat national de club FFESSM, les coupes du monde CMAS, les coupes de France FFESSM, le championnat de France pour finalement se qualifier cette saison pour les World Games, les championnats du monde CMAS en piscine et les championnats du monde eau libre ( qui se dérouleront la semaine prochaine ), bref avec une saison marathon aussi intense, il ne faisait aucun doute qu’une « petite » interview d’Hugo Meyer s’imposait ! Interview sans concession d’un champion 100% authentique

1 – Salut Hugo, voilà quelques années que tu écumes les bassins, peux-tu nous dire depuis combien de temps exactement ?

Salut Jean-Charles, ça fait maintenant 11 ans que je pratique la nage avec palmes !

2 – Comment es-tu arrivé à la nage avec palmes ? Quel a été l’élément déclencheur de cette passion chez toi ?

Un été quand j’étais plus jeune, je nageais en mer avec des palmes et ma maman m’a parlé de la nage avec palmes. J’ai longtemps refusé de m’y inscrire, puis elle a insisté et 3 mois plus tard je faisais un test, et Oleg Pudov m’a pris directement dans son groupe.

Hugo Meyer lors des championnats de France FFESSM en 2017 à Montluçon ( ©Unlimited Prod.)

3 – Te voilà donc au PAN avec Oleg Pudov, comment se passent tes entraînements et surtout à partir de quand tu commences à te spécialiser sur telle ou telle discipline ? A l’époque Alexandre Noir est un véritable moteur pour le groupe, de ton côté et à cette époque quelle est ta vision de ce nageur d’exception ?

Les débuts au PAN sont mes plus belles années, il y a 10 ans, c’était une Véritable famille, j’ai tout appris avec les anciens ! Le respect, la persévérance, l’assiduité, le travail. Le groupe était tellement bien, que l’entraînement prenait un aspect ludique, c’était tellement unique. A Aix, on était plus ou moins tous sprinter, mon choix s’est fait naturellement -> sprinter. A mes débuts, je voyais Alex, comme, le meilleur, le plus fort, le plus rapide, comme celui qui savait tout faire : surface, IS, apnée, sprint, demi fond… je voulais clairement être comme lui.

Podium Alexandre Noir et Hugo Meyer en 2017 à Montluçon ( ©Unlimited Prod.)

4 – Aujourd’hui t’arrive t-il encore de penser à lui lors de tes courses ?

Alexandre c’est comme un frère pour moi, à chaque compétition il a le droit à un débriefing, on échange, quand je stresse c’est avec lui que je parle, pour moi c’est le sportif qui a marqué l’histoire de la palme française. Avoir ses conseils c’est toujours précieux pour moi. Il est toujours dans un coin de ma tête, parce que c’est un grand champion qui définit parfaitement « l’humilité », et ça devrait être un modèle pour beaucoup, notamment pour ça aussi !

Limoges 2019, Championnat de France FFESSM

5 – Puis en 2018, tu prends 5 meilleures perfs de l’année et c’est surtout le break, dans ta saison tu quittes le PAN pour rejoindre le CSG Gravenchon. Comment as-tu vécu ce chamboulement en tant qu’athlète et penses-tu que ça a joué sur tes perf du moment ?

En partant, j’avais deux objectifs : me qualifier aux World Games , me venger de tous ceux qui m’ont souhaité d’échouer. J’ai très bien vécu le changement, mon club m’a accueilli à bras ouverts, ils m’ont tous aidé à m’intégrer au mieux, et j’ai fait confiance à Thomas, en travaillant dur, très dur. Sur mes 3 premiers mois en arrivant à Gravenchon, en une semaine je faisais l’équivalent de 3 semaines à Aix. C’était dur, mais j’avais des objectifs.

6 – Changement de ville, changement de climat, changement de coach, tu attaques 2019 avec un sacré challenge. Quel va être ton secret pour maintenir ton niveau et même continuer à progresser malgré autant de changement ?

Enchaîner les kms c’était dur, mais je m’efforçais à ne pas lâcher parce que je savais qu’après çà serait plus simple ! Comme on dit :  «  un mal pour un bien » !

7 – Depuis au CSG, on ressent une relation forte avec ton coach Thomas Chastagner et on a clairement l’impression que vous formez un duo qui fonctionne parfaitement. Selon toi quel est le secret d’une telle réussite ? Qu’a su t’apporter Thomas dans sa vision des entraînements ?

Certes on s’entend très bien avec Thomas, mais on est pas que 2, on est un groupe, et si dans le groupe ça ne va pas avec un, ça va entre personne. Notre secret c’est : sincérité, confiance, travail et surtout beaucoup d’amour et d’amitié pour chacun d’entre nous. On a beaucoup de disputes et de clash, dans le but d’être constructif et d’évoluer encore plus vite. Notre chance, c’est qu’on sait tous mettre notre rancune de côté pour toujours rester constructif. Thomas a tout changé , puis sa culture du sport et de l’entraînement nous donne envie d’encore plus s’y intéresser, c’est tellement agréable !

8 – Et d’ailleurs côté entraînements, vu de cette belle expérience que tu as pu acquérir depuis autant d’années, quels conseils donnerais-tu aux plus jeunes afin, qui sait, de venir un jour te concurrencer ?

Ma petite phrase perso de philosophie 😜 : « Trouve toi un rêve, et construis tes objectifs pour atteindre ton rêve. N’oublie jamais que rien n’arrive par hasard, et que quand on veut on peut, il suffit de se donner les moyens ».

9 – Cette saison, on te sent ultra affûté et prêt pour toutes les batailles. World games, championnat du monde en piscine mais aussi en eau libre, comment arrives-tu à gérer cette saison on ne peut plus longue ?

Grosse grosse grosse saison, très longue, qui s’est enchaînée avec celle de l’an dernier. C’était dur, d’autant plus quand tu commences à être attendu de partout. Ce qu’il faut, c’est réussir à trouver le plaisir dans tout ça, toujours en gardant tes objectifs en vu !

Hugo Meyer, entrainement en Immersion ( ©Unlimited Prod.)

10 – Tu arrives aux World Games après un très beau championnat de France, comment te sens-tu à ton arrivée, pas trop impressionnant ?

L’arrivée aux world games est très compliquée avec une première nuit par terre… Dans ma tête je sais que la compétition est 48h après mon arrivée, que j’ai 7h de jetlag à récupérer, mais j’ai travaillé mentalement pour pas me déstabiliser, j’essaie de faire abstraction de tout, même de l’immensité de l’événement.

11 – Là-bas tu vas terminer 4ème du 200sf et du 400sf (avec un record de France à la clé d’ailleurs). C’est une très belle place mais selon toi qu’est ce qui t’a manqué pour accrocher le podium ? Si tu pouvais changer un détail dans ta course lequel choisirais tu ?

Écoute, on est le 09/09 (2 mois après les WORLD GAMES) au moment où je suis en train de répondre à ton interview, et c’est toujours aussi compliqué d’en parler. Je vais être honnête, sans vouloir me venter. J’étais très fort aux entraînements comme je ne l’avais jamais été. J’étais très fort dans ma tête, rien n’aurait pu me déstabiliser. Maintenant ce qu’il m’a manqué c’est du temps; du temps sur place. Je ne changerai rien à ma course. Elle est comme elle est. Ce n’est pas dans la course qu’il faut changer quelque chose. 😜

12 – Quelques jours plus tard, avec l’équipe de France vous quittez les Etats-Unis pour atterrir en Colombie afin de préparer les championnats du monde qui s’y déroulent. Dans quel état d’esprit es-tu ? Que mettez-vous en place avec Thomas pour te propulser encore plus loin ?

Après beaucoup de pleures, de tristesse, de frustration, il faut se remettre au travail, parce que 10 jours c’est long et pour moi j’ai une revanche à prendre, donc je dis à Thomas qu’il faut y aller, qu’on a pas de temps à perdre.

13 – Te revoilà sur le 400sf, 4ème des séries tu te retrouves 7ème en finale. Peux-tu nous raconter ta course et surtout ce qui a cloché ? Le lendemain tu es annoncé sur le 200sf et tu n’y participeras pas. Comment gères-tu ce moment ?

C’est la course la plus dure de ma carrière, moi qui pensais avoir franchi la déception des World Games, quand je me retrouve en finale, pendant ma course rien ne va. Rien ne se passe comme prévu, dans ma tête tout s’emmêle, j’ai plus envie !… J’abandonne mentalement, je laisse tout tomber et je subi. C’est un sentiment qui ne m’était encore jamais arrivé, un sentiment qui m’a fait peur. Le soir, je demande donc à Thomas d’avoir une discussion lui et moi, pour essayer de comprendre, et au fur et à mesure que l’on discute, et bien les émotions de la défaite des Word Games remontent, et ça me dévaste. Clairement je me mets à pleurer encore et encore. Je demande donc de faire le forfait pour le 200m parce que je n’ai tout simplement plus envie de nager à ce moment. Je veux arrêter le championnat et je veux rentrer chez moi, loin de tout ça ! Je décide donc je prendre une journée et demi off complètement sans nager.

14 – Arrive le 400IS, pour ne pas dire le 400IS gravenchonnais ! Alors que Manon Douyere va s’offrir la première place, de ton côté tu t’offres la 3ème place. Comment as-tu vécu cette journée incroyable ?

Je m’étais promis de ne pas regarder la course de Manon, afin que ça ne joue pas sur mes émotions avant ma course. Evidemment, je n’ai pas pu m’en empêcher, j’ai vu son dernier 100m et quand j’ai vu qu’elle avait gagné, je me suis très très vite recentré sur moi, avec ma musique pour ne pas me laisser parasiter.

Viens mon tour, c’est dur, c’est comme si mon corps n’avait plus envie, mais je m’étais interdit de lâcher dans la tête et c’est ce que j’ai fait ! Je suis plus fier de ce sentiment que de la médaille, même si du coup il rend cette médaille tellement plus savoureuse ! C’était une après midi merveilleuse, avec que de la joie, du bonheur de voir ma Doudou (Manon) championne du monde et mon entraîneur heureux de nous avoir tous les deux médaillés sur sa course.

15 – Avec un temps de 2,51,66 tu améliores ta perf des championnats de France de 3 secondes et accroche une très belle 3ème place mais pour autant tu es à 4 secondes de ton 400is de 2020. Les raisons ?

Tout simplement, le 400is n’était pas du tout ma priorité cette saison, je n’ai pas touché de bouteilles de l’année… donc forcément ça a des conséquences !! 🤣

16 – 2022 nous aura offert de merveilleux championnats internationaux en piscine, malheureusement en l’absence d’un certain nombre de nageurs, russes notamment, est ce que cela n’a pas un peu gâché le plaisir ou comme ont pu le dire certains un peu joué sur les résultats ?

Personnellement, je pense que les athlètes russes ont manqué aux championnats, et on l’a ressenti. Après ce n’est pas à démériter, il faut savoir prendre tout ce qu’il y a à prendre, mais en effet je pense que ça a clairement joué sur nos classements.

17 – Année après année, le CSG prend une place de plus en plus importante au niveau national avec des nageurs ou nageuses qui s’approprient littéralement certaines distances et occupent de plus en plus de place dans les équipes nationales (7 sélectionnés sur 14 en équipes de France junior et senior eau libre, 5 sur 12 en junior piscine, 4 sur 18 en senior piscine). Comment expliques-tu cela ?

Chacun a ses motivations, ses objectifs, chacun sait ce qu’il va endurer en fonction de ses objectifs. Et si on s’éloigne du chemin, Thomas est là pour nous recadrer. On laisse le moins de place possible au talent et à la chance. On travaille c’est tout.

18 – On parle, on parle mais on oublie peut-être l’essentiel : peux-tu nous donner une journée type de Hugo Meyer ? Fais-tu beaucoup de prepa physique et combien d’heures passes tu à l’eau par semaine ?

En fonction de mon emploi du temps de travail à DÉCATHLON, les journées peuvent s’enchaîner et se suivre avec beaucoup de fatigue et d’épuisement. – Je peux très bien nager de 9h à 11h le matin, travailler de 13h à 18h, et re-nager de 18h45 à 20h45. – Je peux aussi faire seulement 9h-11h le matin et ensuite travailler jusqu’a 20h le soir. – Ou sinon faire 7h – 13h le matin, 13h30 à 15h muscu, et dans l’eau de 15h15 à 17h. Enfin tu l’auras compris, mon emploi du temps est très aléatoire, mais tu peux compter environ 8-10 séances dans l’eau de 2h/ semaine, et 2 séances d’1h30 en préparation physique.

19 – Quelle place accordes-tu à ton matériel ? Testes tu beaucoup de configurations dans l’année (palmes, combinaisons,..) ? Et la question indiscrète : Quelles palmes et duretés utilises tu ?

On est un sport où le matériel est primordial, mais je suis pas du genre à changer 50 000 fois de configuration dans la saison. J’en vois beaucoup faire ça, personnellement je ne vois pas l’intérêt si ce n’est de perdre de l’argent ! Je sais quelle combinaison je mets, je sais avec quelle palme je nage, je demande tout de A à Z sur mes palmes, parce qu’avec l’expérience, je sais ce qui me convient. Mes palmes ? Ça dépend des courses mais j’utilise plus souvent une dureté 5 !!

20 – Allez on passe à table ! Comment abordes-tu la nutrition ? Rigoureux ou relax ?

Je suis rigoureux, tout en étant relax ! Chacun de mes aliments est pesé, avec un régime strict défini avec un nutritionniste, mais je n’ai vraiment pas de mal à me faire plaisir quand j’en ai envie.

21 – D’ailleurs en dehors de la palme, as-tu d’autres sports que tu aimes ou aimerais faire ?

J’adore le vélo, je me suis mis au tennis également, sur cette saison, je vais profiter pour moi et me redécouvrir de nouvelles passions sportives !! 🏊🏼‍♂️🚴🏼🎾

22 – Aujourd’hui la France est une belle nation de la nage avec palme mais peine encore à s’offrir plus de podiums à l’international. Que manque t-il selon toi pour faire trembler des pays comme la Russie, la Chine,… ?

Ha bah je suis sur qu’on a plein de français qui seraient largement à la hauteur pour rivaliser avec les grandes nations, le problème c’est qu’on a pas la même densité, qu’on ne met pas les mêmes moyens… Puis avoir les résultats de ces pays, sans pouvoir se consacrer à notre discipline comme eux c’est compliqué ! Aujourd’hui en France faire du haut niveau c’est beaucoup trop compliqué… ça coûte trop cher… On préfère le sport loisirs…

En France, lors des championnats de France Elite de natation classique FFN, on a vu 683 nageurs et nageuses batailler en représentant 116 clubs, côté palmes lors des championnats de France Elite 2022 on compte 159 nageurs ou nageuses pour 35 clubs. Que manque t-il selon toi pour mieux faire connaître cette discipline des formules 1 des bassins au grand public et accéder un jour pourquoi pas à l’olympisme ?

En travaillant dans le milieu du sport, et du commerce à la fois, je me rends compte de tout ce qui peut être mis en place dans d’autres disciplines, et on a tellement à apprendre ! Malheureusement ça prend du temps et de l’argent. Mais si je devais donner un premier argument : pour moi, il faudrait créer une fédération de palmes, genre la FFNAP, avec une organisation concentrée uniquement sur la nage avec palmes. Et des moyens développés uniquement sur la palmes. Apres, ça reste de l’utopie, mais il y a tellement de programmes d’actions. N’importe qui, qui goûte à la palme aime ! Les sensations de vitesse, de glisse ce sont des choses qui donnent envie à tellement de gens !

23 – Les Championnats du monde eau libre approchent, dans quel état d’esprit es-tu ? Comment avez-vous géré ta préparation pour à la fois te reposer après les world games et la Colombie sans pour autant trop lâcher prise avant cette échéance majeure ?

Je suis à la « cool », j’ai repris ma saison après 3 semaines de coupures complètes, je suis là pour retrouver du plaisir, je cherche plus la performance… plus pour le moment… c’est encore trop tôt. Maintenant je veux retomber amoureux de mon sport ❤️

24 – Dernière question la plus sérieuse forcément ! Hugo s’il ne restait qu’une seule chanson, laquelle serait-elle ?

U2 – Pride (in the name of love)

Un énorme merci à toi, on ne manquera pas de te suivre la semaine prochaine lors des championnats du monde CMAS eau libre en Italie ! Go go gooooooo !

Suivez Hugo sur Instagram : https://www.instagram.com/hugo_meyer83/

Suivez l’équipe de France FFESSM la semaine prochaine sur le facebook de la commission nationale: https://www.facebook.com/nageavecpalmesffessm

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